Wednesday, December 23, 2009

Krallice - Dimensional bleedthrough (Profound Lore) 2009


Des ailes et la tête d'un oiseau, un morceau de visage et quelques feuilles. Le bien nommé Dimensional bleedthrough se démarque à la fois du visuel, presque traditionnel, du premier album, ainsi que de l'héritage black metal d'une manière générale. Les riffs, maintenant immédiatement reconnaissable par leur utilisation du trémolo poussé à l'extrême, deviennent plus metal en créant plus qu'une atmosphère mais aussi un voyage dessiné par des structures beaucoup plus variés que sur leur éponyme.

Assuremment, celui-ci était un premier essai. Les premiers pas de Mick Barr (Orthrelm) et de Colin Richardson (Dysrythmia, Behold... the Arctopus) maintenant accompagné de Mick McMaster (ex. Solecism) à la basse, compositeur de "The mountain" et auteur de la couverture. Peut-être est ce sa présence ou simplement l'expérience acquise sur la route mais Dimensional bleedthrough marque une évolution décisive dans la vie de Krallice.

Précédemment comparé à Weakling, ce deuxième disque continue d'imposer la particularité de la scène black metal américaine. Moins sombre, moins focalisé sur la création d'une atmosphère, beaucoup plus technique (mais jamais démonstratif) et aussi beaucoup plus narratif. Burzum faisait référence à Tolkien mais Krallice accompagne en musique les aventures de la confrérie de l'anneau (minus les intermèdes consacrés aux jérémiades d'un nain magique).

Le dernier morceau, de dix huit minutes, s'écoute comme le récit triomphale d'une troupe de guerrier, de retour de campagne. Tragique, violent mais toujours glorieux. La dépression et la mélancolie qui caractérisait jusqu'à alors la scène suicidal black metal américaine est remplacé par des aspirations plus nuancés. La batterie a aussi une place beaucoup plus importante et offre des variations bienvenue au blast in-interrompu censé couvrir les plages de guitares. Après avoir démontré leur maitrise des codes du genre, Krallice s'affranchit aujourd'hui et aménage son territoire en abattant les murs qui les gène. Une sorte de réinvention du genre sans pour autant parler de fusion comme sur l'excellent mélange post hardcore / black metal du White tomb d'Altar of Plagues.

A l'instar de Marcel Duchamp qui interrogea la communauté artistique sur la nature de l'oeuvre d'art au moyen d'un bidet signé, Krallice interroge à leur tour le black metal. Si il y a un logo presque illisible, une volonté spirituelle et des trémolos à gogo, est ce du black metal ? Cependant, contrairement à Duchamp dont le message devait être compris et non pas célébré et imité inlassablement, Krallice dépasse cette question et propose une vision unique du genre. De quoi faire parler les gardiens du temps trop occupé pour voir les hordes venues célébrer à leur manière leurs idoles chéris. A classer au même rang que Deathspell Omega pour leur capacité à réinventer tout en restant, somme tout, fidèle au genre, et aussi pour avoir écrit un album encore plus intense que leur, déjà formidable, premier disque éponyme.


Krallice | NYC @ Union Pool | Friday 13th November 2009 from (((unartig))) on Vimeo.

MF Doom - Doom! 2009


On aura beau retourner le disque sur toutes les coutures et chercher sur la toile, on ne trouvera pas grand chose sur ce disque. Peut être un bootlegg alors ? Surement même, tant le contenu divers et variés ressemble à une tentative de se faire un peu d'argent sur le dos de King Viktor Doom, et plus si affinités.

Aucun crédit n'étant inscrit sur le disque ou dans la pochette (un simple feuillet avec la couverture avec au dos le logo metallisé) alors qu'il y a pourtant beaucoup à dire sur la provenance de ces différents titres. Fait marquant, on y retrouve par exemple tout les morceaux où apparait MF Doom sur le remixe de Madvillain par Madlib, maintenant épuisé et uniquement disponible en version digitale. Ceux-ci sont éparpillés sur les 39 plages de ce disques. Au moins, on ne peut pas dire que l'on nous jette des miettes. Seulement, qu'en est il du reste ?

Car à côté de l'album, beaucoup plus officiel, Unexpected guests, cette compilation éponyme peut paraitre redondante. Voilà que l'on nous redonne "Sniper elite" du projet Dilla Ghost Doom, "Angels" (avec une faute de frappe) de Born like this, "Potholderz" de Mmm... food et deux autres titres de cette même compilation, "Da supafriendz" (feat. Vast Aire) et "My favorite ladies" (feat. Jose Gonz-Lez). Pas grand chose qui mérite donc d'être acheté, hormis par les complétistes. Pas grand chose non plus à redire sur la qualité. La plupart des titres inédits sont courts (moins de deux minutes pour la plupart) et s'enchainent facilement. Même la profusion de morceaux n'est pas problématique, alors que l'on compte finalement plus de titres que sur un album studio normal. Une compilation dispensable mais à priori facile à trouver, qui dispense de la recherche d'un paquet de titres inédits à condition que l'on ai pas de remords à faire profiter quelqu'un d'autre que les compositeurs de ces morceaux.

MF DOOM - Unexpected guests (Gold dust media) 2009


Découvert dans les bacs, Unexpected guests présente une collection de titres issus de différents albums où apparait le super vilain masqué. Destiné aux fans, elle permet aux plus pointilleux de s'éviter l'achat d'un album complet pour un simple featuring et de faciliter le travail aux archivistes.

Unexpected guests ne comporte effectivement aucun inédit et se permet même d'inclure des morceaux d'albums studios de l'intéressé, dont un du tout du dernier, Born like this, avec "Angels" feat. Ghostface) dans une version un peu différente car épuré des samples qui la font s'insérer dans la narration de l'album. Même remarque pour "?" (feat. Kurious) extraite de Operation doomsday.

Pourtant, ce mélange de chansons issus de différentes sources, du deuxième album solo de Dj Babu des Dilated peoples ("The Unexpected" feat. Sean Price) au projet avorté Dilla Ghost Doom ("Sniper elite") en passant par le premier album solo de Vast Aire de Cannibal Ox ("Da supafriendz"), est étonnement cohérent. L'atmosphère globale crée par les divers instrus fait penser à Operation doomsday où les collaborations étaient aussi nombreuses (pas moins de huit titres sur quatorze, en ne comptant pas les skits, avec des featuring).

On pourra tout de même se plaindre du manque d'inédits en dehors de cette collaboration avec Jay Dilla ou d'un titre de KMD, "Sorcerers", absent des deux albums studios du premier groupe que Doom partagea avec son frère. Une collection agréable, et surtout cohérente, pour les fans ou les curieux, a condition de ne pas la trouver a trop cher puisque son intérêt reste limité par rapport aux albums studios du maître de cérémonie.

Tuesday, December 22, 2009

The Red Chord - Feed through the teeth machine (Metal Blade) 2009


Parti sur la route depuis 2007, la moissonneuse bateuse death metal a parcouru le monde, avec le sourire, pour répandre sa bonne parole. Amputé d'un guitariste, le quatuor a préféré gonflé sa production que de perdre en brutalité. Le premier impact causé par Demoralizer impressionne, même après avoir entendu tant de production gonflé de testostérone par des producteurs suédois pour pallier au manque de vivacité d'innombrable groupe de gamin américain gominé.

The Red Chord a peut être ouvert la boite de Pandore en ouvrant la voie aux centaines de groupes de deathcore mais ils ne sont pas prêt de la refermer ou même de se reposer. Leur obstination à vouloir se dépasser déborde même lors des premières écoutes tant il faut tendre l'oreille pour retrouver le dynamisme et les accroches vocales d'antan, perdu dans une production où les traits les plus extrêmes du groupe sont soulignés au dépend de la compréhension des paroles.

The Red Chord n'en est pas pour autant devenu un simple groupe de brutal death, voir de slam death, et les mélodies typiques du groupe sont encore bien présentes. Les morceaux se distinguent en revanche beaucoup moins facilement que sur Clients ou Prey for eyes dont la variété ouvrait de nouvelles avenues au groupe. Feed through the teeth machine est plus un retour vers les fondamentaux du groupe en l'espace de douze chansons capable de dévaster une fosse de gamins hyperactifs.

Rempli à la gorge de blast, ce quatrième album n'apparait variés au fil des écoutes attentives pour déceler tout les ralentissements et les subtilités guitaristiques apportés par le, toujours aussi original, Gunface. Loin d'être une révélation, Feed through the teeth machine prouve la force de frappe de The Red Chord et son envie d'en découdre à quiconque remettrais en cause leur envie de vouloir jouer une musique brutale ou de suivre une mode pour plaire aux gamins, et surtout aux gamines. Plus death que core, il ravira sans l'ombre d'un doute les fans et finira de convaincre les sceptiques de la suprématie du groupe dans la scène death metal américaine actuelle.

Gaza - He is never coming back (Blackmarket activities / Metal Blade) 2009


La mondialisation des influences musicales ont rendus l'origine géographique d'un groupe pratiquement obsolète. Or, dans le cas de Gaza, leur ville d'origine est aussi importante pour la compréhension du groupe et de son propos, que la Norvège l'est pour Darkthrone. Venir de Salt Lake City et s'appeler Gaza n'est pas exempt de signification. Bien au contraire, c'est là même la clé de lecture de ce nouvel album, sans aucun compromis, toujours localisé quelque part entre le grind et le sludge. Un Coalesce plongé dans le goudron.

Moins chaotique qu'I don't care where I go when I die, He is never coming back exhale toujours du même désir de rage vengeresse, concentré dans une voix rauque et gorgé de haine. Les riffs noirs écrasant se ressemble un peu tous pour que l'on puisse bien distinguer chaque titre en se servant d'eux.

Peut-être encore plus que sur leur album précèdent, le jeu entre les mélodies exsangues et les variations rythmiques distingue Gaza de la meute. Dans un monde où les productions compressés, les batteries retouchés et les gimmick à peine originaux sont vite dévorés comme des hordes de zombie sur un cadavre frais, Gaza est une anomalie bienvenue pour qui l'honnêteté est bien plus importante quand on joue une musique violente que le nombre de note par minute.

L'engouement des fans dévoués à la cause du groupe en aura peut être attiré maintenant un peu trop qui seront déçu de ne pas découvrir un groupe aussi révolutionnaire. Gaza ne l'est malheureusement pas. En revanche, à l'image des premiers disques de black metal ou de Public Enemy, leur détermination pour exprimer leur colère est bien réel et suffit à convaincre de la pertinence de leur musique à ce jour. Plus qu'un genre, Gaza est synonyme de rage. Celle qui pousse à cogner de ses poings un mur en béton jusqu'à ce qu'il s'écroule. Un ilôt de réalisme dans une ville où ne pousse que la crédulité.

Monday, December 21, 2009

Coalesce - Ox EP (Relapse Records) 2009


Revenu triomphant avec un album massif, Coalesce prouve maintenant avec ce EP que même les chutes de studio du monumental Ox vallent le coup d'être entendu.

Pourtant, vendu comme tel, ce Ox EP pourrait paraitre comme une tentative de la part de Relapse de soutirer encore un peu d'argent de la poche des fans. Cependant, Relapse n'est pas Victory, et ce EP tiens le route comme un morceau à part entière.

Constitué de trois chansons dans le plus pur style de Coalesce et de morceaux instrumentaux bien différent, cet avatar explore de nouveaux territoires tout en restant accroché au mélange metal / hardcore / jazz / blues du disque paternel. Loin d'être une suite de face B, cette petite collection aurait tout simplement dépareillé par rapport aux chansons de Ox du fait des expérimentations qu'elles proposent. "Oxe to ore" est une plage de rythmes tribaux, parfaite pour introduire l'introduire de "The blind eye". Celui-ci est plus conventionnel par rapport aux codes énoncés par Ox et caresse lourdement avec un groove introduit par un break agrémenté de légère notes de guitare avant qu'un autre riff, tout aussi massif, prenne le relais.

S'en suis un interlude blues apaisant avec toujours la présence marqué d'une rythmique particulière. Qu'importe le style, Coalesce se l'approprie et marque son territoire avec ou sans distorsion. Cette semi incartade permet donc d'introduire le morceau le plus marquant de tout ce EP. Celui qui, si il avait figurer sur Ox, aurait été un des plus marquant, "To my ruin" et sa conclusion gorgée de dissonances où surnage des chœurs en chant clair pour un final exaltant.

"Absent in death" commence ensuite comme un nouvel interlude acoustique puis se termine avec de lourdes guitares où Ingram hurle le titre du morceau tandis que le son s'éloigne doucement comme si l'on venait de croiser une procession. Celle-ci croise alors la route de l'avant dernier morceau où figure un cri attribué au fils de Sean Ingram, alors agé seulement de 11 ans. Place aux jeunes ? Surement oui, mais n'oublions pas non plus les vieux qui ont manifestement encore beaucoup à dire.


Hecq - Steeltongued (Hymen) 2009


Découvert totalement par hasard, Hecq, de son véritable nom Ben Lukas Boysen, est ma première révélation d'un univers sonore dont j'ignorais encore à peu près tout.

Rencontre incroyable entre l'IDM, le breakcore et le dubstep le plus ambiancé, son travail se rapproche autant de l'univers sonore de Burial que du travail rythmique d'Autechre. D'instrument à corde, Steeltongued n'en comporte aucun. Les seules cordes sont celle du rappeur Nongenetic venu poser sur "I will survive" pour un morceau d'IDM découpé au scalpel sonore.

Le titre le plus précieux de ce disque est surtout "Typhon". Hériter des atmosphères sonores des séries animés Lain et Boogiepop Phantom, il permet l'amorce dans un univers comparable au Neuromancien de William Gibson où le voyage entre les couches du réseau permet un zapping constant entre des atmosphères pesantes et des électrochocs rythmiques.

Après une entrée en matière aussi haletante, la suite pourrait alors paraitre répétitive. Le spectre des atmosphères et des rythmes explorés par Hecq contourne totalement cette inquiétude en créant des plages uniques autour d'un scénario crée par le talent d'un artiste dont l'utilisation de la technologie ne se fait pas au dépend de l'émotion. Résolumment urbain, Steeltongued met en relation le corps et la ville dans un même battement, fait à la fois de vibration, de chaire et de goudron. En résumé, si Burial est le son de la mélancolie Londonienne, Hecq est la confrontation des sonorités multiples que l'on peut rencontrer en marchant dans les rues bondées d'une capitale. Les rebondissements de l'humidité sur la taule, les échos des conversations et les mélanges de sons issus des voitures et des magasins. Une orchestration de la réalité urbaine issu de la musique concrète et reproduite par la confrontation de tout ce que l'electro moderne à apporté de révolutionnaire au monde de la musique.

Maintenant est pourtant venu le temps de tempérer mon enthousiasme. En effet, Steeltongued est le sixième disque de Hecq, et selon le webzine spécialisé, Igloo Magazine, que j'ai consulté en effectuant mes premières recherches, celui-ci n'est pas le meilleur de sa discographie. Voir même, selon le dit chroniqueur, il représenterait une répétition dans sa carrière! Ce double album, complété par un disque de remix dispensable mais néanmoins intéressant, est pourtant bien plus qu'une simple entrée en matière mais une véritable révélation. Preuve que l'univers mal dégrossis de la "musique électronique" a beaucoup apporté et continue de produire des merveilles donnant tort à tous ceux dont l'espoir de rencontrer de nouvelles sonorités s'est transformé en un mépris fatiguant. La musique vit et Steeltongued en est la preuve.

Blakroc - Blakroc (Cooperative Music) 2009


Dernière ce nom mystérieux se trouve pourtant une association de nom très facile à déceler : The Black Keys et Pete Rock. Des noms surement peu familiers des fans de chaque artiste dont la rencontre s'est faite autour du producteur Damon Dash, ancien associé de Jay-Z pour la fondation de Roc-a-fella production. Le duo blues rock s'est alors retrouvé dans le même studio que Pete Rock et Mos Def et la magie fit le reste. Autour de ce duo inattendu, une autre fournée de noms inattendus rime autour du micro avec le talent qu'on leur connait (Mos Def, Old Dirty Bastard, Q-Tip, Raekwon, RZA) ou non (Ludracis en duo avec ODB sur le single ultime "Coochie").

Souvent dénigré par les fans de rock pour ne pas comporter de "vrais instruments" (remarque complètement absurde soit dit en passant), ceux-ci ne pourront se plaindre avec la présence du feeling blues rock des Black Keys autour du flow des différents MC. Le premier morceau d'introduction, Coochie, est le plus digital du lot, surement car il a été d'abord enregistré dans une autre version avec le défunt bon vieux bâtard du Wu-Tang Clan en duo avec l'emblématique rappeur de la scène Dirty south, Ludacris. Le beat s'agite autour d'une histoire de fille sur un riff rock dénué de tout les clichés auquel la fusion rap / rock nous a habitué.

La soul et le blues interviennent ensuite beaucoup plus sur les titres suivant. Seul titre propice aux soirées, "Coochie" est une excellente introduction mais ne représente absolument pas le reste du disque. Orchestré par Pete Rock, le rythme de batterie vibre derrière des lignes de basse et de piano associés aux riffs d'un guitariste inspiré par des atmosphères de bars enfumés, propice aux rencontres et aux déceptions amoureuses. Les rappeurs prennent le micro pour jamais plus de deux chansons, à l'exception de la chanteuse soul Nicole Wray dont la voix gorgée de chaleur apporte une émotion que la production des titres de rap lambda étouffe chez toutes les autres chanteuses r'n'b.

Révélé avec peu de promotion, cette collaboration arrivé à la fin de l'année se révèle être une collaboration rafraichissante et précieuse. Chaque titre suinte du cool des meilleurs disques de rock and roll mélangés aux feeling de musiciens d'horizons divers réunit par la passion de la vielle école pour en créer une toute nouvelle. De plus, malgré toute la machinerie commerciale qui entoure ce type de collaboration, Blakroc apparait comme un disque sincère et étonnement naturel tant le manque de faute est flagrant de minutes en minutes. Un futur classique, sans aucun doute.