Thursday, June 26, 2008


Le consensus sur internet parmi la communauté de fan de Kayo Dot et de Toby Driver est que cet album est décevant ou génial. Jetez un oeil à l'attitude du petit bonhomme en haut et vous saurez de suite de quel coté de la barrière je me trouve. Kayo Dot, ou bien Toby Driver tout simplement, après avoir perdu une grande partie de son orchestre n'a pas pour autant arrêté de composer et a même évoluer. Plainte des fans qui attendaient une suite semblable à "Dowsing anemone with copper tongue" ou un improbable retour vers "Choir of the eye". Kayo Dot évolue, change, s'échappe de son cocon pour partir voler encore plus loin.

Attention car cette iimage n'as pas que de prétentions littéraire. Tout ce que délivre "Blue lambency downward", Driver l'avait déjà évoqué dans ses précédentes compositions. Sa signature même sur Tzadik (label du saxophoniste free jazz John Zorn) trahissait déjà il y a quelques années la tendance qu'allait prendre ce compositeur multi instrumentaliste et multi forme. Le jazz, autant pour ses "codes" de composition complexe et évolutive et cet instrument à vent avec lequel Coltrane et Ornette Coleman ont construit la légende ont toujours eu une part importante dans l'identité et dans les compositions de Kayo Dot. Aujourd'hui, l'influence de ce genre n'est plus uniquement diffuse mais, assumé et c'est ce tournant vers un "genre" plus évident que les fans auront peut être du mal à accepter.

Evident c'est tout de manière très vite dit car si Toby Driver était devenu un compositeur cloisonné dans un genre ce serait le signe qu'il aurait été remplacé par une pale copie venu de l'espace ou d'une usine de cyborg de bas étage. Non, Toby Driver est toujours le même et son jeu de guitare est toujours aussi reconnaissable depuis ses débuts dans Maudlin of the Well (groupe de "metal" progressif dont il fut un des membres fondateurs) jusqu'à aujourd'hui. Son sens de la composition s'est par contre aiguisé et ses compositions sont aujourd'hui plus courtes (plus de marathon de plus de quinze minutes) mais, aussi beaucoup plus complexe.

C'est là aussi la grande surprise de ce disque. La composition de l'orchestre n'a plus rien à voir avec le metal ou même le rock puisque seule la guitare subsiste comme souvenir que Kayo Dot a autrefois était associé à ces genres. Plus de bassiste. Plus de distorsion. Plus de cri. Plus non plus de note laissé suspendu dans l'éternité ... En réduisant la longueur des compositions, Driver a pris la décision de porter son attention vers une plus grande interaction constante entre tout les instruments. Profitant des connaissances musicales impressionnantes des musiciens qui l'accompagne, il s'est permit des structures beaucoup plus denses et complexes.

En effet, lors du concert donné à Paris, bien que seulement six musiciens occupaient la scène, presque chacuns tenaient au moins deux voir trois instruments différents entre les mains pendant toute la durée du set (à l'exception du batteur). Les morceaux sont donc beaucoup plus difficile à analyser et à saisir. Sur trois titre consécutifs la durée ne dépasse pas les cinq minutes ce qui demande donc une attention de chaque instant pour saisir toutes les variations si jamais on tenait d'appréhender le disque comme les précédents.

Contrairement à "Dowsing anemone ..." où l'on pouvait fermer les yeux et se laisser absorber doucement par une stase aux émotions douces et amères, "Blue lambency downward" demande à son public d'être attentif et de participer activement en allumant tout ses sens pour profiter pleinement de chaque instants. Ce n'est toutefois pas un changement qui fait perdre de son identité à Kayo Dot ou même au travail de Toby Driver. Il suffit pour cela de suivre un peu son évolution de "My fruits psychobell" jusqu'à "60 metonimies" pour entendre le chemin logique et subtile que l'artiste à tracé tout au long de sa vie de musicien. On pourrait donc m'interroger et me demander pourquoi je décrivais "Blue lambency downward" comme autre chose qu'une suite logique de l'album précédent. Driver et les musiciens qui accompagne (dont la ravissante Mia au jeu sublime et enchanteur, comme il se doit) ont fait atteindre à Kayo Dot une nouvelle étape. Intemporel tout en étant riche en idée neuve, ce nouvel album ne dénote du reste de la discographie de Driver que pour une chose : sa nouveauté et la promesse d'un avenir encore plus surprenant.

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